Manager en 2026 : fiers de leur métier… mais à quel prix ?
- magalihdumas
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Pendant longtemps, les entreprises se sont beaucoup intéressées au bien-être des collaborateurs. Qualité de vie au travail, engagement, motivation, prévention des risques psychosociaux… autant de sujets devenus incontournables.
Mais une question est longtemps restée dans l'ombre :
Comment vont réellement les managers ?
Une étude menée par le Lab des Futurs et IPSOS auprès de 1 200 managers français apporte un éclairage particulièrement intéressant sur leur réalité quotidienne.
Les résultats révèlent une situation plus nuancée qu'il n'y paraît : les managers restent profondément attachés à leur fonction, mais ils semblent également porter une charge émotionnelle et mentale de plus en plus importante.
Une fonction toujours attractive
Contrairement à certaines idées reçues, le management continue d'attirer.
Selon cette étude :
90 % des managers sont fiers de leur fonction ;
80 % la recommanderaient à leur entourage ;
87 % souhaitent conserver leur rôle de manager.
Ces chiffres démontrent que le management reste associé à la réussite professionnelle, à la responsabilité et à la possibilité d'avoir un impact positif sur une organisation et ses équipes.
La plupart des managers trouvent du sens dans leur mission. Ils apprécient de faire grandir leurs collaborateurs, de contribuer à la réussite collective et de participer aux décisions stratégiques.
Pourtant, derrière cette fierté se cache une autre réalité.
Le manager : celui qui rassure tout le monde… sans toujours être rassuré lui-même
L'étude met en évidence plusieurs signaux préoccupants :
51 % des managers se déclarent fatigués ;
40 % se disent stressés ;
34 % ressentent de la solitude ;
40 % ont le sentiment d'être davantage utilisés que valorisés.
Ces chiffres ne sont pas anodins.
Le manager moderne est souvent devenu un véritable point d'équilibre au sein de l'entreprise.
Il doit rassurer ses équipes face aux incertitudes.
Accompagner les transformations.
Gérer les tensions.
Maintenir la motivation.
Faire respecter les objectifs.
Préserver la cohésion.
Et parfois absorber les inquiétudes de chacun.
Autrement dit, il est souvent celui qui soutient les autres, sans toujours disposer lui-même d'un espace pour être soutenu.
Une fonction devenue émotionnellement exigeante
Le management d'aujourd'hui ne ressemble plus à celui d'il y a vingt ans.
On ne demande plus seulement au manager d'organiser le travail ou de contrôler les résultats.
On lui demande désormais d'être :
performant ;
disponible ;
empathique ;
accompagnant ;
fédérateur ;
facilitateur du changement ;
expert en communication ;
gestionnaire des conflits ;
parfois même psychologue de proximité.
Ces compétences relationnelles sont devenues essentielles.
Mais elles ont également un coût énergétique important.
L'écoute active, la gestion des émotions, la médiation ou encore l'accompagnement du changement sollicitent fortement les ressources mentales et émotionnelles.
Lorsqu'elles ne sont pas compensées par des temps de récupération, de reconnaissance ou de soutien, elles peuvent conduire à un épuisement progressif.
Le piège du consensus permanent
Un autre enseignement de l'étude mérite notre attention.
70 % des managers interrogés préfèrent créer les conditions d'une décision collective plutôt que décider seuls.
À première vue, cela semble être une excellente nouvelle.
La co-construction favorise l'engagement.
L'intelligence collective permet souvent de trouver de meilleures solutions.
Les collaborateurs apprécient d'être associés aux décisions qui les concernent.
Cependant, j'observe régulièrement dans mes accompagnements une dérive possible.
À force de vouloir embarquer tout le monde, certains managers finissent par ne plus oser trancher.
Par peur de décevoir.
Par peur du conflit.
Par peur de perdre l'adhésion du groupe.
Les décisions sont alors reportées.
Les arbitrages deviennent flous.
Les tensions s'installent.
Or manager ne consiste pas uniquement à animer un collectif.
Manager, c'est aussi :
donner une direction ;
fixer un cadre ;
prendre des décisions ;
assumer certains choix ;
arbitrer lorsque cela est nécessaire.
La bienveillance ne remplace pas le leadership.
Les deux doivent coexister.
Pourquoi prendre soin des managers devient un enjeu stratégique
Un manager épuisé peut continuer à avancer pendant un certain temps.
Par conscience professionnelle.
Par engagement.
Par sens des responsabilités.
Mais progressivement, plusieurs signaux apparaissent :
baisse de patience ;
irritabilité ;
perte de recul ;
difficulté à décider ;
fatigue chronique ;
désengagement progressif.
Et lorsque le manager s'épuise, ce sont souvent les équipes qui en ressentent les conséquences.
Prendre soin des managers n'est donc pas seulement une démarche individuelle.
C'est un véritable enjeu de performance collective.
7 conseils concrets pour éviter l'épuisement managérial
1. Accepter que l'on ne peut pas tout porter
Le manager n'est pas responsable de tout.
Il peut accompagner.
Soutenir.
Orienter.
Mais il ne peut pas résoudre tous les problèmes de ses collaborateurs.
Apprendre à distinguer ce qui relève de sa responsabilité de ce qui appartient à l'autre est essentiel.
2. Prévoir des temps de récupération dans son agenda
Beaucoup de managers remplissent leurs journées de réunions sans laisser d'espace de respiration.
Bloquer volontairement des plages de 15 à 30 minutes entre certaines réunions permet de retrouver de la disponibilité mentale.
3. Ne pas rester seul
La solitude managériale est une réalité.
Échanger avec ses pairs, bénéficier d'un mentor, participer à des groupes de co-développement ou être accompagné par un coach permet souvent de prendre du recul.
4. Apprendre à dire non
Vouloir aider tout le monde est louable.
Mais accepter systématiquement toutes les sollicitations conduit souvent à l'épuisement.
Dire non à certaines demandes permet parfois de mieux dire oui à l'essentiel.
5. Revenir régulièrement sur le terrain
Les indicateurs sont utiles.
Mais le terrain reste irremplaçable.
Prendre le temps d'observer, d'échanger et de comprendre ce qui se passe réellement permet souvent de retrouver du sens dans son rôle.
6. Valoriser ses propres réussites
Beaucoup de managers passent leur temps à reconnaître le travail des autres et oublient le leur.
Prendre quelques minutes chaque semaine pour identifier ses réussites permet de renforcer son sentiment d'efficacité.
7. Accepter de ne pas être parfait
Le manager idéal n'existe pas.
Chaque décision ne sera pas parfaite.
Chaque collaborateur ne sera pas satisfait.
Chaque projet ne se déroulera pas comme prévu.
Chercher à progresser est plus sain que chercher à être irréprochable.
Et si l'on prenait davantage soin de ceux qui prennent soin des autres ?
Cette étude met finalement en lumière une réalité souvent invisible.
La majorité des managers aiment leur métier.
Ils sont fiers de leur rôle.
Ils souhaitent continuer à exercer cette fonction.
Mais ils portent également une charge émotionnelle, relationnelle et mentale croissante.
Dans les années à venir, développer les compétences managériales restera essentiel.
Mais cela ne suffira probablement pas.
L'un des grands défis des organisations sera également d'apprendre à soutenir davantage leurs managers.
Car lorsqu'un manager va bien, il est beaucoup plus facile pour lui d'aider ses équipes à grandir, à s'engager et à réussir.
Et c'est souvent là que commence la véritable performance durable.
